Anne de la Forge, l'émaillerie d'art au service de la couleur et de la lumière

Maître artisan d'art, Anne de la Forge œuvre dans un atelier troglodyte à Gouvieux. Elle ouvre ses portes à l'occasion des Journées européennes des Métiers d'Art.

Anne de la Forge est installée dans le village troglodyte de Gouvieux depuis quatre ans. Très attachée à l'humain, elle est intarissable sur son métier. © Aletheia Press / B.Delabre
Anne de la Forge est installée dans le village troglodyte de Gouvieux depuis quatre ans. Très attachée à l'humain, elle est intarissable sur son métier. © Aletheia Press / B.Delabre

«Les Journées européennes des Métiers d'Art, c'est notre moment !» Anne de la Forge est émailleur d'art sur cuivre. Installée dans le village troglodyte de Gouvieux depuis quatre ans, elle a ouvert les portes de son atelier aux visiteurs afin de leur présenter son travail, et surtout un métier rare et méconnu. Ils sont aujourd'hui moins d'une centaine en France à pratiquer cette profession. «J'aime échanger et partager sur mon métier. C'est très important pour moi de transmettre et faire perdurer ce savoir-faire. Nous avons besoin d'ambassadeurs», défend-elle.

Le savoir-faire de l'émaillerie sur métal est pourtant ancestral. Anne de la Forge, reconnue Maître Artisan en métiers d'art, est d'ailleurs référencée sur la liste du patrimoine culturel immatériel en France. Après avoir débuté par des bijoux, elle a rapidement eu besoin de «libérer la matière». Elle propose ainsi des œuvres de grande taille qui s'adressent à une clientèle du luxe. Elle cible ainsi les cabinets d'architectes d'intérieur, les entreprises.

Entre romantisme et pragmatisme

Si elle s'est alloué les services d'un agent, elle passe également beaucoup de temps à prospecter de nouveaux clients. «Mais je continue tout de même à faire quelques bijoux, que je ne vends qu'ici, à l'atelier, à la demande de fidèles clientes», confie-t-elle. Ses œuvres, elle les voit parfois partir chez des collectionneurs ou dans des maisons prestigieuses sans toujours pouvoir s'en prévaloir. «Lors de la dernière biennale d'art contemporain de Venise, la pièce crée spécialement pour l’événement a rejoint une demeure vénitienne. La voir partir sur un vaporetto était émouvant», sourit-elle.

Si son activité est évidemment empreinte d'une forte dimension artistique, Anne de la Forge n'en oublie pas la part entrepreneuriale. «Dans ce savoir-faire ancestral, il y a quelque chose de sacré. Mais je suis entrepreneur. Alors je n'hésite pas à m'affranchir de certaines étapes qui ne me sont pas essentielles à la réalisation de mes pièces».

Par exemple, le maître artisan ne nettoie pas systématiquement son email à l'eau distillée, une étape qui n'a pas vraiment de sens sur des émaux de grande taille. Un moyen de gagner du temps et de réduire le coût final, sans affecter la qualité. Et surtout, elle se tient à l'écoute du marché. «J'assure une veille régulière et ajuste mes objectifs ainsi que ma stratégie d’entreprise. Me lancer également des défis pour sortir de ma zone de confort est une source de stimulation et de créativité», remarque-t-elle

Partager la passion du feu

Anne de la Forge aime aussi former et partager son savoir-faire, et donner quelques secrets qui participent à la magie de la transformation de l'email, sa vitrification qui magnifie les couleurs, tout en reflets et transparence. Elle propose toute l'année des ateliers ouverts à tous, à partir de sept ans. Une activité qui constitue un tiers de son chiffre d'affaires annuel. «Ce sont des ateliers sur mesure. J'apprends à dialoguer avec le feu, le cuivre et l'émail, image-t-elle. Chacun crée des pièces qui lui ressemblent». Lors de ces moments (jusqu'à trois jours) elle partage les techniques de base de l'émaillerie d'art sur métaux. Après quoi, à chacun de poursuivre sa découverte de la transformation de la matière.

Les JEMA jusqu'au 6 avril

Les JEMA, journées européennes des métiers d'art se déroulent jusqu'au 6 avril. Plusieurs ateliers, dans l'Oise, ouvrent leurs portes à cette occasion. Anne de la Forge accueille les visiteurs le samedi 5 avril et le dimanche 6 avril, de 10h à 18h, 11 impasse des carrières, Gouvieux.