Bpifrance élargit son champ d'action sur le climat
Biodiversité, adaptation au changement climatique...Bpifrance, la banque publique d'investissement diversifie son offre d'accompagnement et de financement des entreprises sur les sujets climatiques. En 2024, elle a consacré sept milliards d'euros à ces enjeux.

À contre-courant de la tendance du « backlash écologique », cette tentation d'abandonner la transition écologique ... Le 24 mars, à Paris, Bpifrance, la banque publique d'investissement, présentait un "point de situation" des actions qu'elle a menées en faveur de la décarbonation du tissu économique en 2024. En outre, elle présentait les nouvelles thématiques qu'elle s'apprête à investir, à commencer par l'adaptation aux aléas climatiques. Épisodes de sécheresse, inondations... Accélération du réchauffement climatique oblige, ces incidents s'inscrivent dans le présent ou un futur très proche pour les entreprises. Pour y parer, « nous allons proposer un Diag adaptation », explique Isabelle Albertalli, directrice climat de Bpifrance. L'outil doit permettre aux dirigeants d'obtenir une visibilité complète sur les vulnérabilités de leurs sociétés, condition indispensable pour cibler les mesures réellement prioritaires à prendre. Concrètement, Bpifrance propose les compétences de bureaux d'études spécialisés en gestion des risques climatiques. Leur prestation dure sept jours répartis sur quelques mois. Elle bénéficie d'une subvention de l'Ademe, Agence de la transition écologique, et est financée dans le cadre du dispositif des CEE, certificats d'économie d'énergie. Ce dispositif s'inscrit dans le cadre du plan national d'adaptation au changement climatique du ministère de l’Écologie. Il n'attend qu'une signature de ce dernier pour être lancé.
En réalité, le sujet de
l'adaptation au changement climatique n'est pas totalement nouveau
pour Bpifrance : le dispositif des « prêts verts » proposés par
l'établissement couvre déjà certains gestes d'adaptation, comme le
« cool roofing » ( peindre les toits en blanc), la rénovation de
son parking avec des matériaux drainants ou encore l'isolement
d'entrepôts qui évite les variations trop importantes de
température. Côté start-up, en revanche, tout reste à faire : 60
seulement des 2
900 Greentech, ces start-up qui adressent les enjeux climatiques
accompagnées par Bpifrance, traitent de sujets d'adaptation. «Il
faut vraiment accélérer»,
commente Isabelle Albertalli.
Autre
thème nouveau investi par Bpifrance : la biodiversité avec la
mise en place d'un « diag
biodiversité »
réalisé avec l'OFB, l'Office français
de la Biodiversité. Objectif :accompagner environ 300 PME sur
ce sujet
dans
les trois prochaines années. L'outil sera disponible dès ce
mois d'avril.
Et enfin, pour la fin de l'année, un accélérateur d'entreprises
consacré à celles qui souhaitent développer un modèle d'économie
circulaire devrait accueillir sa première promotion.
Sept milliards d'euros en 2024
Ces
nouveaux dispositifs enrichissent le plan de Bpifrance concernant les
enjeux climatiques. Initié en 2020, il est entré dans une nouvelle
phase de quatre ans en 2024. Avec un objectif : 35 milliards
d'euros déployés pour «mettre
en transition»
20 000 entreprises. Avec 2024, première année de la nouvelle
phase, «nous sommes dans la bonne dynamique»,
estime Eric Versey, directeur
exécutif en charge du financement
et réseau
chez Bpifrance.
Au
total, l'an dernier, Bpifrance a dédié 7 milliards d'euros à trois
types d'actions différentes. Environ la moitié de la somme (3,8
milliards d'euros) a été consacrée à favoriser l'émergence et
la croissance des Green tech. «Il
s'agit d'un axe majeur. Nous allons avoir besoin d'entreprises
spécialisées dans ce domaine»,
commente Eric Versey. Bpifrance a aussi consacré 1,5 milliard
d'euros au financement de projets EnR,
énergies renouvelables (installations solaires, éolien terrestre
et off shore, méthanisation, géothermie.. .). 2024 a été une
«très
bonne année(…). La très bonne nouvelle est que quasiment toutes
les banques se mettent à financer les EnR,
car c 'est aussi une manière de verdir leur bilan»,
commente Eric Versey.
Et enfin, l'accompagnement des PME et ETI dans la transition vers la décarbonation a été doté d'un budget de 1,6 milliard d'euros. «Nous finançons des projets de start-up, de PME et d'ETI. Certaines entreprises étaient déjà clientes de Bpifrance, d'autres pas car nous faisons des campagnes de prospection. Il n'existe pas de projet type. Parfois, cela concerne quelques dizaines de milliers d'euros, parfois, plusieurs dizaines de millions, par exemple, dans le cas d'un industriel qui a besoin de moderniser l'ensemble de sa chaîne de production (…) Par la force des choses, beaucoup de ces projets concernent l'industrie, car c'est là que se situent beaucoup d'enjeux de décarbonation», explique Eric Versey. En particulier, selon Bpifrance, de très nombreux projets concernent l'amélioration de l'efficacité énergétique, une tendance stimulée par les hausses des tarifs.